KIM Kyo Man, The landscape of image – 14

vernissage 27/11/ 2014 de 18 à 21h

Nature, esprit de la matière, lumière.  Ileana Cornea, Paris Novembre 2014.

Il y a deux siècles, l’artiste visait encore l’immortalité et la pérennité des œuvres à travers l’opacité grave de la pâte. La modernité n’y croit plus. Elle a besoin de présent, de transparence et de respiration.

Kim Kyo-Man est pourtant un peintre matiériste, et son œuvre enferme un « quelque chose » de tactile, de subtilement adhérent au support. Convoquées, les couleurs organisent une stratégie poétique laissant deviner qu’elles se meuvent de l’intérieur.

Pulsé par le geste, dompté par l’acrylique, un choeur de couleurs majeures et mineures réalisent ensemble l’esprit de la matière et sa luminosité. Leurs tonalités, leurs friabilités créent une précipitation diffuse altérant légèrement la masse compacte du monochrome.

La couleur maîtresse irradie grâce à l’écho polychromique de couleurs qui se trouvent en dessous. Elle domine garantissant ainsi à l’image une résonance particulière, légèrement grinçante dans son accord final.

Tactile, l’œuvre séduit. «  Noli me tangere » semble-t elle nous répondre. Et pourtant il n’y a rien de religieux ni de mystique qui se cache à l’intérieur. Mark Rothko fait en sorte que ses œuvres brûlent, le sujet restant inaccessible et sacré alors que Kim Kyo-Man reste attaché à ce qui est terre et nature

Un paysage de Van Gogh est tactile aussi. Sauvage et névrotique l’artiste hollandais le retient et l’absorbe. Ses jaunes chargés d’humeurs hurlent ceux de Kim Kyo-Man semblent pulvérisées et humides comme la nature après la pluie.

Chaque opération, chaque trace, chaque ritualité touchant à placer la couleur marque une pause, une attente. Pour créer, l’artiste coréen organise son temps, reprend son souffle réalisant ainsi la coïncidence entre la matière et la contemplation.

Il éprouve la réversibilité de la matière entre l’intérieur et l’extérieur: matière trace, matière mémoire de la couleur et couleur, mémoire de la lumière. Le paysage réel, il le transpose sur la toile, lentement, méthodiquement.

Une simple ligne marquant la partie supérieure de ses rectangles, comme dans une estampe japonaise lui suffit pour suggérer la profondeur. À l’intérieur de cet espace décidé se détache la silhouette d’une montagne sous la pluie.

Un ciel sidéral, une plage, un champ, du feu, ou tout simplement la force de la couleur s’inscrit après la ligne d’horizon. Le point fort de la dramaturgie de la toile se révèle être l’effet de cette subtile bichromie.

Ses roses éclatants évoquent les collines de la campagne coréenne au printemps jonchées des royales azalées. Son blanc, la première neige posée sur une terre glacée et humide et ses jaunes tels les champs de colza irisé frappé d’une fine ondée.

Comme signe, scorie de la calligraphie, des taches, des fleurs, éventails, pétales ou des corps étrangers à la peinture paraissant êtres jetés, sur la plage des deux couleurs prédominantes. Ils entament un jeu exquis marquant l’empreinte orientale dans chacun de ses tableaux L’artiste semble offrir à ses toiles, une destinée culturelle marquée, comme une nécessité.

La transhumance de l’âme atteint dès lors cette réalité abstraite scellée au papier de riz, l’espace en deux dimensions, l’espace profond, le temps infini, la perspective de l’œuvre.

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